Elisabeth de Habsbourg, Sissi

Impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie (1837-1898)

C'est le 20 février 1893 à 15 heures que l'Impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie Elisabeth pose le pied pour la première fois sur le sol montreusien.

Venant de Genève, par train spécial, elle se propose de passer quelque temps dans notre contrée. Composée de 18 personnes, sa suite comprend quelques hauts dignitaires des cours d'Autriche et de Hongrie, la comtesse Sztaray, dame de compagnie de sa Majesté de 1893 à 1898, et 42 pièces de bagages...

Sissi est alors âgée de 56 ans et souffre de phtisie pulmonaire, autrement dit de tuberculose. Accablée par les tragédies que vit sa famille, orpheline de son cousin de Bavière, ébranlée par la mort de son fils bien-aimé à Mayerling, l'Impératrice déclare que la vie lui pèse de plus en plus. A Territet, l'illustre hôte occupe des appartements de l'ancien Hôtel des Alpes sous le nom de comtesse de Hohenembs, titre qui lui donne l'illusion de voyager incognito. Femme éprouvée par le destin, immuablement vêtue de noir, Elisabeth apprécie le lieu pour son calme et pour les nombreuses possibilités de promenades qui s'offrent à elle.

On se souviendra qu'elle affectionnait particulièrement la montagne, maintes fois parcourue aux côtés de son père lorsqu'elle vivait encore en Bavière. Infatigable marcheuse, elle arpente chemins et sentiers de haut en bas, parfois en compagnie du garde-forestier Dufaux, obligeant souvent la suite impériale à abandonner.

Levée à l'aube, l'Impératrice commence la journée avec un bain et un peu de gymnastique, avant de déjeuner d'un simple verre de lait. Qu'il vente ou qu'il pleuve, Elisabeth consacre toutes ses journées à se promener dans la région montreusienne, visite Chillon, se rend rapidement à Genève ou à Lausanne, où elle accueille l'Empereur qui vient la rejoindre le 28 février pour deux semaines de détente.

Souvent les Montreusiens croisent le couple impérial sur le sentier de Collonges, du côté de Bon-Port, du Mont-Fleuri ou à Glion. Ensemble ils visitent Blonay et son château, montent à Caux ou aux Avants, se désaltèrent aux nombreuses fontaines ou partent faire des achats. De ce séjour François-Joseph ramènera du vin de Villeneuve et d'Yvorne, des cigares de Vevey et un album de photos de la région.

Le 15 et le 16 mars les souverains du plus grand empire d'Occident quittent la région montreusienne par trains spéciaux. François-Joseph rejoint Vienne, Elisabeth traverse le Gothard pour rallier Gênes où l'attend le yacht qui la conduit à Corfou. Il faudra attendre septembre 1895 pour que Territet revoie son illustre hôte. La fin du mois la voit arpenter les vallons et les crêtes des Rochers de Naye. Dix jours de repos et la voilà repartie jusqu'en mars 1897. Le 30 mars l'Impératrice reçoit la visite de son neveu, l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône à la suite du tragique décès de Rodolphe à Mayerling, lui-même future victime de Sarajevo en 1914. La dernière semaine de ce mois d'avril 1897 voit Elisabeth se rendre plus souvent à Genève, où elle loge toujours à l'hôtel Beau-Rivage, non loin du débarcadère...

En 1898 Sissi retrouve Territet au printemps. Les premiers jours de mars sont printaniers et Elisabeth fait de longues promenades, préférant les hauteurs et les sentiers aux quais encombrés de curieux. Lorsqu'elle quitte Territet cette fois-là, le journaliste de la Feuille d'Avis de Montreux remarque qu'elle ne tient pas son éternel éventail noir qui lui masque le bas du visage, mais qu'elle esquisse un salut gracieux à la foule qui est venue lui marquer son attachement.

Le dernier séjour de l'Impératrice commence le 30 août 1898. Cette fois ce n'est pas Territet qui accueille son hôte bien-aimée, c'est Caux. Arrivant de Hambourg, Sissi est descendue au Grand-Hôtel de Caux, dont elle occupe une partie du premier étage. En bas, au bord du lac, il fait encore chaud et la foule est trop dense. De nombreuses personnes séjournent à Montreux pour son climat clément et son attrait touristique, mais beaucoup d'hôtes caressent l'espoir de croiser ou même de côtoyer les visiteurs célèbres, telle Sissi, véritable mythe. Elisabeth a la «bougeotte». Ses nombreuses promenades ne suffisent plus à calmer son énergie, ou son anxiété. Glion, Territet, les Rochers de Naye, un tour du haut lac en bateau, une excursion à Bex, chaque jour la rapproche de son destin tragique.

Le 10 septembre 1898 est un samedi. Sissi se trouve à Genève. Elle vient de rendre une visite à la baronne de Rotschild qui demeure à l'extérieur de la ville. Sa suite a déjà pris le train pour rejoindre Caux. Elisabeth n'est accompagnée que de sa fidèle dame de compagnie, la comtesse Irma Sztaray. L'impératrice est nerveuse. Le bateau va partir et les deux dames sont un peu en retard. Elles quittent rapidement l'hôtel et marchent, courent presque, vers le débarcadère où le grand vapeur «Genève» siffle et donne le signal du départ. Sur le quai du Mont Blanc Sissi est agressée par un homme qui la frappe. Surprise, elle trébuche et tombe. Son imposante chevelure amortit le choc. Soutenue par sa dame de compagnie, elle s'embarque sur le bateau. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle perd connaissance, qu'on découvre sa blessure en même temps que son identité, que le bateau revient au débarcadère et qu'on peut débarquer Elisabeth. Deux heures plus tard l'Impératrice d'Autriche et Reine de Hongrie expire dans une chambre de l'hôtel Beau-Rivage.

A Territet et à Caux, Sissi laisse le souvenir d'une femme «si douce, si simple, si malheureuse», bonne et généreuse. [© Archives de Montreux]