Les Nuits du Jazz de Chernex ont pris de la bouteille...

Retracer l'historique de cette manifestation nous amène obligatoirement à traverser l'histoire du Jazz ainsi que l'évolution d'esprit du comité bénévole d'organisation.

La manifestation vécut sa première Nuit chaude en 1988 sous l'impulsion des membres du comité de la SDC, soutenus par quelques mordus du Jazz. Le but était de créer une nouvelle animation villageoise et de satisfaire une envie mélomane bien prononcée de l'époque, le Jazz dit classique ou décrié de «Jazz à Papa». Il s'agissait plus précisément de plonger l'audience des Lanternes dans l'ambiance de La Nouvelle-Orléans, de Kansas City, Chicago ou New York des années 20 à 40. Les tendances musicales couvraient donc particulièrement le Ragtime, le Dixieland et le Swing. Les orchestres renommés étaient principalement recrutés dans l'extraordinaire potentiel de musiciens suisses. Ceux-ci se référaient dans leurs répertoires à des grands du Jazz tels que Sidney Bechet, Louis Armstrong, Bix Beiderbecke, Coleman Hawkins, Duke Ellington et autre Benny Goodman.

Constatant que la mayonnaise avait pris, les organisateurs ont eu l'audace en 93 d'élargir leur manifestation à deux jours, d'où est née l'appellation actuelle des Nuits du Jazz (NJ). Toujours fidèle à la formule de café-concert, la manifestation s'était déjà ouverte aux établissements publics et privés (caveaux) de Chernex. Avec l'affiche élargie, la palette des tendances musicales augmentait en conséquence. Depuis, les références au Hot-Club de France, au Blues et au Be-bop font partie intégrante du répertoire des musiciens se présentant à Chernex. Retentissent donc depuis plusieurs années des compositions de Django Reinhardt, Hubert Rostaing, Stéphane Grapelli, BB. King, Muddy Waters, Dizzy Gillespie ou Charlie Parker, pour ne nommer qu'une sélection restreinte. L'ouverture élargie des NJ n'a duré, hélas, que jusqu'en 94, la dispersion des sites demandant un effort extraordinaire aux organisateurs avec un manque évident de cohésion.

Ce repli sur les origines a cependant été compensé par une révision importante du concept de la manifestation à l'occasion des 10 ans des NJ en 97. Le temps était mûr pour un nouveau pari. Etait-ce l'influence du marketing de diversification, d'un nouvel élan d'ouverture ou du désintérêt des villageois vieillissants, qui sait? «Le pari est gagné grâce à la diversification» titrait le journal La Presse à l'issue de cette édition d'anniversaire. L'accueil réservé au Soul, Rhythm 'n Blues, Funk et à l'Acid Jazz du vendredi soir et à l'avènement du Negro Spiritual et du Gospel - intégrés dans un effort remarquable de la part des églises locales le dimanche - ont prouvé que la formule était gagnante pour tous. Du coup le répertoire des NJ s'étoffait avec des références à Ray Charles, James Brown, George Clinton et Sly Stone. Quant aux chants religieux des esclaves noirs américains, ils trouvent leur force dans un passé inépuisable fait de croyance et de révolte maîtrisée.

Le public fidèle au Vieux Jazz a certes mis du temps à s'habituer à ces nouveaux rythmes, mais peu à peu chacun a su trouver son coin, sa soirée, voir son concert à lui.

Le format actuel semble effectivement avoir réussi l'amalgame des différents styles du Jazz et le comité d'organisation est heureux de pouvoir ainsi satisfaire les envies diverses d'une population aux goûts de plus en plus hétérogènes. Est-ce une formule magique qui tiendra la route? L'histoire du Jazz, reflétant celle des peuples, nous apprend que rien n'est jamais acquis. A quand donc le prochain pari à Chernex?


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